Humain trop humain

On m’a dit d’avoir la tête dure et un moral d’acier

Donc j’ai troqué l’air pur contre des poumons goudronnés

On m’a dit que les blessures finissent toutes par se refermer

Mais la tactique la plus sûre reste encore d’être blindé

 

On m’a dit que sans espoir on finit vite six pieds sous terre

Mais pour se regarder dans le miroir rien ne vaut un cœur de pierre

On m’a dit de croire en mon prochain, de ne pas compter que sur moi

Mais à force de ne voir que des cons j’ai fini avec une gueule de bois.

Rupture conjugale, rupture conjuguée

Avec toi le futur semblait plus que parfait
Quand ce soir là tes yeux m’ont laissé stupéfait.
Mais les navires toujours s’écrasent sur les récifs
Comme nos projets d’avenir mourant à l’infinitif

Mes douleurs sont plurielles et mon cœur est plaintif
Les belles se font toujours la belle ; c’est un impératif.
Dans les geôles de la tristesse se meure mon âme frêle
Car l’amour n’est jamais qu’une liberté conditionnelle

Alors nostalgique je repense à tes baisers
A ces chansons d’amours que je n’ai su composé
Alors je contemple blasé
ce qui reste de mes rêves sur papier glacé
Ce que tu me laisse de mon âme seras pour toujours cassé

Et je ne connaîs d’autre drame que nos passsés décomposé

 

 

Héroïsme anachronique

Il vivait à une époque bien loin de la nôtre. Une époque ou les mythes se transmettaient au coin du feu, une époque durant laquelle les monstres peuplaient les campagnes. Une époque de héros. Une époque où les Hommes étaient encore des Hommes.

Il vivait dans une contrée ou l’honneur était exalté, où la lâcheté était un péché. Un archipel magnifique où, au soir, les fleurs de cerisiers mourraient dans une légère brise tout en virevoltant jusqu’à fusionner avec un de ces ciels teinté d’un orange apocalyptique.

Il vivait à une époque infiniment loin de la nôtre.

Le jeune homme se tenait là, dans le couchant. La lumière tamisée de cette soirée se reflétait dans le tranchant de la lame de son sabre qu’il avait soigneusement affuté pour l’occasion. En effet, ce soir il allait mourir. Il le savait et s’y préparait depuis sa naissance. Il ne ressentait ni peur, ni tristesse, car sa mort était la seule alternative pour préserver l’honneur de son nom. Il allait s’éteindre tel la fleur fauchée par le vent, encore jeune et magnifique.

Il n’était plus temps de renoncer ni de réfléchir. Il avançait d’un pas terriblement beau. Beau dans la mort, tel était sa voie. Déjà l’ennemi l’avait remarqué et se rassemblait. Il ne ralentit pas, sa respiration demeura calme et profonde. Déjà le soleil n’était plus qu’une fine larme de lumière étalée sur la cime des montagnes.

Alors que les étoiles se dévoilaient comme pour assister à sa fin, Il arrivait contre l’ennemi, seul contre la multitude, et à cet instant un sourire se dessina au coin de ses lèvres. À ce moment précis, dans la beauté de la mort, tel un funambule chevauchant la frontière indécelable qui sépare la chair de l’âme, Il fût un Dieu.

Ou peut-être juste un Homme

Afric’atastrophe

Le soleil était haut dans le ciel à cette heure de la journée et martelait d’une chaleur infernale ce petit pays d’Afrique dont personne ne se soucie. Sur cette terre majestueuse qui vu naître l’Homme, l’odeur de la mort planait. Étalé dans un fauteuil, à l’ombre d’un arbre centenaire, il y avait Gérald.

Gérald fixait le vide de ses yeux à moitié clos. Tout chez Gérald, comme chez ses camarades, puait la mort. À commencer par sa kalachnikov qui, vu son état d’usure, avait tué plusieurs centaines de fois. Puis il y avait ses vêtements dans lesquels il flottait, ces vêtements constellés par un sang noir. Noir par la chaleur trop forte, noir par la lumière trop intense, noir de l’injustice de ces vies arrachées, noir de ces femmes violées, de ces enfants mutilés. Le sang était noir comme s’il portait le deuil d’un espoir qui n’a jamais vraiment existé, il était noir comme la peau de ce peuple que Dieu a abandonné il y a de ça bien longtemps.

Tous étaient des enfants. Des enfants, nés au mauvais endroit, qui ne connaîtrons jamais autre chose que le meurtre et l’ivresse. Aucun ne bougeait car à ce moment de l’après-midi, tous étaient déjà saouls. Tel des robots ils patientaient, tétant de temps à autre une bouteille remplie d’un whisky écoeurant. Déjà plus aucun d’eux ne distinguaient ni un jour de l’autre, ni un meurtre de l’autre. Ils étaient suspendus dans un état de non-existence. Loin de la vie et de toute émotion. Un homme plus âgé parût, et, dans une cohue totale tous se levèrent et se placèrent comme on leur avait appris. Sans famille, sans amour, sans soutien, ils n’avaient plus que le colonel, et pour une marque d’affection, un sourire reconnaissant, une tape sur l’épaule, ils tuaient encore et encore.

Dans la fraîcheur de la nuit africaine, tel des diables enragés, les enfants tuaient. Des cris déchiraient la nuit. Et lorsque le chant des mitraillettes se mêle à ces cris d’innocents que l’on entendra jamais, les criquets pleurent en chantant ce requiem de marin ivre, cette hymne à une humanité disparue

Routine Assassine

Paraît qu’il avait des rêves avant. Des rêves de gauche, des rêves d’enfant, des rêves trop grands. Mais ça c’était avant, maintenant il est grand. Quand on est grand, on a pas le temps de rêver tu sais, faut travailler qu’on lui disait. Faut faire des sous, puis se marier, puis faire des gosses, puis crever, puis se faire oublier.

Anéanti par la tiédeur d’une vie trop longue à ne rien faire, Serge avait décidé de mettre fin à son calvaire en cette nuit de juillet. Il avait opté pour une balle dans la tête. Rapide et sans douleur, l’autoroute de la mort. Le canon de son arme reflétait la lumière opaline d’une lune blême. Serge essayait de trouver ce qu’il léguait au monde, mais il ne trouvait pas.

Il avait vécu une vie qui ne valait rien. Une maison à crédit, une femme au rabais, un travail qui ne payait pas, des enfants qui n’appelaient plus. Il n’avait jamais eu de ces rêves qui hantent l’âme des grands hommes, ces rêves qui font de vous un génie ou un fou, ou les deux bien souvent.

Serge ne rentrerait pas dans les livres d’histoire. Tout au plus, il serait dans la mort ce qu’il fut toute sa vie : une suite de nombres, une statistique. Il avait fait partie des vingt-deux pourcents de fonctionnaires, avait gagné en moyenne six mille francs par mois, vécu huitante ans. Il se noyait dans la masse de ces sept milliards d’âmes perdues qui erraient sur la terre en attendant leur fin.

 

Il avait soudain honte de sa normalité médiocre et tentait une dernière fois de trouver le coupable de ce triste gaspillage. Serge était l’unique progéniture d’un couple de commerçants économes et travailleurs, radins et apathiques. Ils lui avaient appris à rester dans le rang, à être ni trop bon ni trop con, à obéir à celui qu’on appelle le patron. Etait-ce leur faute à eux si Serge avait été un bon petit mouton ? C’était trop facile de blâmer ses parents. Trop facile, mais si rassurant.

Et le travail dans tout ça ? Serge avait été enseignant au collège. Il avait passé quarante ans à parler de vieux livres à de jeunes illettrés. Serge aurait aimé écrire, mais il n’avait ni les idées de Montesquieu, ni la verve de Chateaubriand, ni l’âme noire de Baudelaire, ni la folie de Rimbaud. Serge était tout juste bon à expliquer des textes qu’il n’aurait pas pu écrire à des jeunes qui ne les avaient pas lu.

Tous les matins la même routine : deux cafés, un Xanax, une demi-heure de bouchons à contempler un ciel gris pour arriver enfin dans un collège trop vieux. Après avoir demandé hypocritement, à des collègues dont il se foutait, comment ils se portaient, il rejoignait sa classe et commençait à discourir. L’enseignement, c’est le prototype d’une vie qui stagne et finit par pourrir. Chaque année, il vieillissait et présentait le même cours à des élèves qui eux, avaient toujours le même âge. Chaque année, une nouvelle volée pareille à celle d’avant : un emmerdeur, un lèche-bottes, une grosse et quinze autres mômes sans intérêt. À faire chaque jour la même chose, il n’avait pas vu s’enfuir le temps. Tout entier submergé par l’ivresse de la routine, quarante ans avaient passé en un battement de cil. Un matin Serge avait pu lire dans les rides sur son visage « Tu as gâché ta vie en la passant à travailler ».

Et l’amour alors ? Celui-là même qui avait été la muse de ces auteurs qu’il couvrait de louanges à longueur de journée. Cet amour qui vous porte au dessus des nuages pour y voir le ciel bleu. Le grand amour, ou la douce illusion de compter pour quelqu’un, d’être enfin indispensable, de ne pas vivre en vain. Cet amour sacré, à qui tant de poèmes et tant de chansons ont été dédiés, Serge ne l’a jamais connu.

Serge avait été marié bien-sûr, à une femme du nom de Marie. Il avait pensé l’aimer, au début, mais le temps est cruel et fane la beauté des femmes qui n’en ont pas. Marie était devenu une inconnue sous son toit. Une présence silencieuse à qui il ne parlait plus, un cadavre en devenir qu’il ne touchait plus depuis bien des années.

Faut dire que Serge et Marie, ils allaient bien ensemble. Elle était aussi morne et inintéressante que lui. Elle avait le matin l’haleine fétide du café, et en rentrant le soir, une odeur d’hôpital et de transpiration. Marie était infirmière. Elle trainait, chaque jour, un corps déformé par deux grossesses et un peu trop de chocolat. Remarquant un jour que l’homme qu’elle avait toujours pensé aimer ne posait plus les yeux sur elle, elle avait voulu rallumer la flamme d’antan. Marie s’était donc résolue à essayer tous les régimes miracles dont parlaient les magazines pour ménagères trop grosses. Elle s’était ruinée en lingerie et en bouquins pour couples qui s’ennuient. En dépit de ses efforts, la flamme ne s’est pas rallumée et pour cause, il n’y avait jamais eu de flamme. Abattue par ce constat qui, tel un discret courant d’air, réduisît à néant le fragile château de cartes qu’était sa soi-disant « vie réussie », Marie avait sombré dans une de ces lentes dépressions que personne ne remarque. Un soir, après une longue journée d’un travail harassant, elle  pris l’autoroute à contresens pour finir sa vie encastrée dans la calendre d’un poids lourd. Un enterrement minable, un mari qui ne pleura pas, des collègues qui ne vinrent pas, une logorrhée banale sortant de la bouche d’un curé qui ne la connaissait pas. Quelques cendres dans un vent tiède, le silence et l’indifférence, une vie sans intérêt qui ne laisse pas de traces, ni sur terre ni dans les cœurs. Un subreptice passage dans un monde bien trop grand qui l’eut vite oublié.

En plus d’un travail et d’une femme aussi pathétique l’un que l’autre, Serge avait eu deux enfants : Angela et Timothée. Ces deux là avaient été les deux plus gros ingrats qu’il ait connu. Pour qu’Angela ait la possibilité de faire des études, Serge et Marie s’étaient saignés aux quatre veines. Après y avoir laissé toutes leurs économies, Angela avait trouvé un travail bien payé dans une de ces « start-up » dans lesquels tous les requins qui finissent des études d’économie rêvent de travailler. Sa nouvelle situation avait fait naître dans son esprit une un profond snobisme teinté de mépris pour ceux qu’elle considérait comme « inférieurs » et dont faisaient partie ses parents. Alors au fil du temps, sans que personne ne s’en rende vraiment compte, Angela a commencé à ne plus venir chez ses parents que bimensuellement,  puis seulement aux fêtes et aux anniversaires, puis plus du tout.

Et Timothée alors ? L’unique mâle de la portée, celui-là même qui portait le lourd fardeau de transmettre plus avant le patronyme familial. Elle était là, l’unique chance de Serge de léguer quelque chose au monde, ne serait-ce qu’un nom de famille. Un nom de famille porté par de prometteurs petits enfants comme un palliatif au fait de savoir que, à l’instar des yaourts, on a tous une date de péremption. Serge aurait voulu une abondante postérité. Une ribambelle de gamins aux yeux de feu, aux yeux qui brillent comme seules brillent les yeux de ceux encore épargnés par la vie. Serge aurait voulu voir dans leur regard que l’échec de sa vie n’aurait d’égal que la réussite de la leur. Mais même s’il existe un paradis duquel on peut scruter la terre, même s’il est ouvert aux fonctionnaires, et même si Serge y est admis, il ne verra jamais aucun de ses descendants devenir un grand homme. En fait, il ne verra jamais aucun de ses descendants, tout court. Car Timothée n’aura jamais d’enfants. Pourquoi ? Parce que Timothée est déjà mort. Il est mort d’excès : Trop de cadeaux et de laxisme qui furent la seul éducation que Serge lui prodigua, trop liberté d’un coup en atteignant l’âge adulte, trop de drogue et d’alcool ce funeste soir de novembre et enfin, l’ambulance qui arriva trop tard.

Soudain, une larme cristalline s’échappa de l’œil droit de Serge. Elle alourdi un moment ses cils avant de les faires céder, serpenta entre des rides aussi profondes que des vallées, et se jeta, pour y mourir, sur le canon du revolver. Une autre suivi. Puis une troisième. Puis se fut un torrent de larmes salées et amères qui coulèrent sur le visage du vieillard. Un millier de larmes silencieuses implorant le pardon d’un Dieu sourd. Mille larmes désolées, une vie désolante. Un vieillard esseulé, le révolver qui chante.

 

Amer’upture

Que mes rêves brisés me servent donc de leçon ;
Songes hallucinés et éphémères passions.
Qu’on ne me reprenne plus à croire en ces conneries,
Car un cœur amoureux n’est qu’un mort en sursis.

Elle a su pénétrer mes remparts de papier
Pour raviver ce cœur trop souvent malmené.
Avec elle le bonheur devenait une habitude
Mais l’amour n’est jamais qu’une fugace interlude

Peu à peu son amour devint mon addiction
Et loin de ses atours je ne suis qu’un vagabond.
Comment vivre à nouveau après avoir connu
L’ambroisie au goulot, la perfection à nu ?

Qu’elles soient vierges ou putains elles cachent toutes un démon.
Soyez sûrs qu’un matin, à la moindre occasion,
Il surgira de l’ombre, ravivera les stigmates,
Te rappelleras que l’Homme n’est qu’un autre primate.

Alors prends garde mon frère, à Venise, à Messine,
Au temple d’Aphrodite où toujours se dessine
Une fin bien tragique, faite de bouteilles de vin
Du goût amer de l’inique, du deuil de son parfum.

Saches que tous les navires finissent par faire naufrage
Que les éclats de rires s’étouffent dans les feuillages.
Que les plus grands empires un jour partent en lambeaux,
Que les cœurs amoureux finissent tous en morceaux.