Douleurs sourdes-muettes

Ces larmes planquées par derrières des sourires
Et le silence qui chante la complainte des hivers
Même au milieu des fêtes qui célèbrent l’avenir
Les grisantes chansons n’étouffent pas le calvaire

Quand les proverbes vieillis ne redonnent plus espoir
Et que les doux printemps meurent à l’aube du soir
Les âmes meurtries savent la beauté des cœurs
Quand ils sont déchirés et entonnent leur malheur

Si la mort des étoiles ne déchire pas le ciel
Et que sans aucun bruit s’en ira l’hirondelle
C’est qu’elles savent la beauté qui s’impose sans fracas
Et qu’aux esprits meurtris même les cieux semblent étroits

Et si demain le jour devait revivre encore
Et qu’avec lui renaissent les peines des corps
Souvenez-vous de ceux qui pleurent en secret
D’avoir perdu un jour ces choses qu’on ne recréé

Que les jours cléments ne perdent votre vigilance
Car le bonheur prélude toujours la malchance
Et qu’importe la vigueur mise pour amarrer navire
Aucune corde n’empêchera que le bateau chavire.

Rêve-olution

Ils ont dans le regard un éclat magnifique
Une lueur sacrée, quelque chose de mystique
Et même si le monde devait finir demain
Ils ne douteraient pas un instant du destin

Quand les pleutres et les tièdes préconisent l’abandon,
Quand les peuples essoufflés ne connaissent plus leur nom,
Quand lointaine et naïve semble toute fin heureuse,
Eux seuls font de chaque jour une révolte silencieuse

Quand les vents du changement lacèrent nos poumons,
Quand on ne chante plus l’avenir que depuis les prisons,
Ils savent que la pierre tremble, si l’esprit la bouscule
Et attendent sans une larme qu’arrive le crépuscule

Si les chaînes à leurs pieds en font bien des esclaves
Leurs regards invincibles restent la marque des braves.
Puisque même face aux Dieux sans peur ils se rebellent,
Ces étoiles, mêmes mortes, rendent les nuits si belles.

Au chevet des futurs ils murmurent ces prières
Que n’osent même plus chanter les damnés de la terre.
Car l’espoir ne se meurt que si l’on s’en endeuille,
Au diable les chrysanthèmes et au feu les cercueils !

La mendiante

Elle a laissé sa cage pour habiter la terre
Une femme sublime mendiant sa galère
Triste poupée blonde elle n’a pas su dire non
Et la douce héroïne meurt de ses addictions

Fantôme de la ville et spectre d’elle même
Elle est l’âme des soirs et des tristes poèmes
Et elle quitteras la vie à l’ombre d’un réverbère
Pour briser le silence d’un chant de révolver

Politichiens

Si le mensonge était un art ils en seraient les Michel-Ange
Nos bons politicards qu’aucune bassesse ne dérange.
Ils en vendraient la terre pour cette triste obsession
« Comment-donc emporter les prochaines élections ? »

Et du soir au matin dans leur beau costume noir
Ils serrent des mains moites et content des histoires.
De haut en bas, de gauche à droite au grès du vent qui change
Pour un bulletin vendu dans la boite ils se vautrent dans la fange

Mais une fois au pouvoir ils ne savent plus que faire
Alors ils envoient la mort frapper l’autre hémisphère
Et quand des enfants crèvent ce ne sont jamais les leurs
Quand les riches se font la guerre, seuls les pauvres en meurent

Une nuit de bohème

Epoque aseptisée qui n’existe que dans la peur
Tu as oublié de vivre à vouloir repousser ton heure.
A t’écouter il n’y a rien qui ne soit pas cancérigène
Un vie morne à respirer des bombonnes de kerozene.

Viens que je fasse vivre une nuit de bohème
Intense et dramatique, une nuit de poèmes.

Nous chanterons jusqu’à l’aube avec des inconnus
Nous tomberons amoureux quittes à être déçus.
Nous sauterons dans les flaques, et couverts de boue
Nous boirons jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout.

Nous rirons comme tu n’as plus ri depuis longtemps
Nous brûlerons de jeunesse comme le firent nos parents
Nous volerons un vélo juste pour sentir la brise
Nous nous raconterons nos plus belles bêtises

Nous referons le monde sur un vieux banc public
Nous finirons la nuit arrêtés par les flics
Nous écouterons la pluie et le chant des sirènes
Nous regretterons demain en soignant nos migraines

Hiver

Aux âmes esseulées qui sillonnent les nuits
N’ayant que le silence même entourées de bruit.
Rêvant de retrouver ces trésors égarés
Ces amours d’hier et ces parfums d’été

Comment m’évader de mon esprit prisonnier
Où elle occupe toujours chacune de mes pensées ?
J’habille mes douleurs sourdes d’un sourire clément.
Une fracture au cœur sous un simple pansement

Je cherche son regard dans les yeux des passantes
Depuis qu’elle a filé mon étoile filante
Mais il n’y a que l’hiver car lointain est le sud
Et nos cœurs en enfer pleurent leur solitude.