Clash

Mc crevette . tes bling. mais sans thune

On va te briser la nuque

Pour qu’on t’adule tu baisses ton fut

D’une droite jtenvoi sur la lune

C’est de ma queue que rêve ta pute et de ma putes que tu rêves le soir, arrête donc de te turlut, arrête de raconter des histoires,

Il deviens urgent que je teduque

Tu n’es qu’un PD dans le placard

Petit mytho tu joues de la flûte

Mais tu poukave quand on te tricard

Alors évites de me croiser le soir

Dans le rap game je suis ton daron

Respecte moi et fais attention

Car jdistribue des claques de maçon

J’aime

J’aime

Sentir la foudre quand tonne l’orage

La beauté sourde d’un vieux visage

Voir les navires s’en perdre au large

Et les moutons dans les nuages

Jaime

Le canapé quand le ciel pleure

La bière glacé bue de bon coeur

Les rêves qui viennent ou sont mirages

Et les moutons dans les nuages

Jaime

Les symphonies et les impro

L’amour qui nous rend toxico

Jaime les périples et les voyages

Et les moutons dans les nuages

Jaime

La poésie et les belles femmes

Les hérésie et les grandes flammes

Jaime les conquêtes et les pillages

Et les moutons dans les nuages

Jaime

Le carnaval et puis l’ivresse

Les grandes gloires et les richesses

Jaime les ballons et les pliages

Et les moutons dans les nuages

Jaime

Les révolutions du jasmin

Et les histoires qui finissent bien

Jaime l’aventure et les virages

Et les moutons dans les nuages

Lire en braille

J’ai vu la vie que rien n’arrête

Vécu triomphe après défaites,

Et vu le mal a chaque seconde

Le mal armé sur ta mappemonde

J’ai vu la foi des hommes de bien

Et le chant de leurs mitraillettes

J’ai vu des putes et puis des seins

Des sans-abris, des tout-paillettes

J’ai vu ce gosse mort au vingt heures

Et sa mère pleurant sur ses restes

Un sale trou pour dernière demeure

Pour deux pays qui se détestent

J’ai vu des jeunes se mettre à mort

Tir dans la tête ou sur un joint

J’ai vu marcher des matadors

Qui savaient que demain c’est loin

J’ai vu la terre que l’on mutile

Et les dégâts que firent nos pères

J’ai vu des terres devenir stériles

Trop vu l’Eden devenir enfer

J’ai vu des flics qui te matent

Créant de l’ordre à coup de batte

Cousins des hommes et de la blatte

J’ai vu l’ange en costume cravate

J’ai vu les croyant et des singes

N’y voyant aucune différence

Ils ne méritent ni déférence

Qu’ils prient dimanche ou sur un linge

J’ai vu les boîtes pleines néons

Pleines de gerbes et d’avortons

De vieux sans âmes et de gros thons

De coups de lames et de cachetons

J’ai vu beauté luire dans le soir

À la chandelle d’une vielle histoire

Et la voix de deux amoureux

Se jurant trop vite les cieux

Se jurant trop droit dans les yeux

Se jurant sans foi devant Dieu

Se jurant sang, gloire et sans lieu

Se jurant sans voir mais sans faille

Par dela bien et mal

C’est « conformément à la nature » que vous voulez vivre ! Ô nobles stoïciens, quelle duperie est la vôtre ! Imaginez une organisation telle que la nature, prodigue sans mesure, indifférente sans mesure, sans intentions et sans égards, sans pitié et sans justice, à la fois féconde, et aride, et incertaine, imaginez l’indifférence elle-même érigée en puissance, — comment pourriez-vous vivre conformément à cette indifférence ? Vivre, n’est-ce pas précisément l’aspiration à être différent de la nature ? La vie ne consiste-t-elle pas précisément à vouloir évaluer, préférer, à être injuste, limité, autrement conformé ? Or, en admettant que votre impératif « vivre conformément à la nature » signifiât au fond la même chose que « vivre conformément à la vie » — ne pourriez-vous pas vivre ainsi ? Pourquoi faire un principe de ce que vous êtes vous-mêmes, de ce que vous devez être vous-mêmes ? — De fait, il en est tout autrement : en prétendant lire, avec ravissement, le canon de votre loi dans la nature, vous aspirez à toute autre chose, étonnants comédiens qui vous dupez vous-mêmes ! Votre fierté veut s’imposer à la nature, y faire pénétrer votre morale, votre idéal ; vous demandez que cette nature soit une nature « conforme au Portique » et vous voudriez que toute existence n’existât qu’à votre image — telle une monstrueuse et éternelle glorification du stoïcisme universel ! Malgré tout votre amour de la vérité, vous vous contraignez, avec une persévérance qui va jusqu’à vous hypnotiser, à voir la nature à un point de vue faux, c’est-à-dire stoïque, tellement que vous ne pouvez plus la voir autrement. Et, en fin de compte, quelque orgueil sans limite vous fait encore caresser l’espoir dément de pouvoir tyranniser la nature, parce que vous êtes capables de vous tyranniser vous-mêmes — car le stoïcisme est une tyrannie infligée à soi-même, — comme si le stoïcien n’était pas lui-même un morceaude la nature ?… Mais tout cela est une histoire vieille et éternelle : ce qui arriva jadis avec les stoïciens se produit aujourd’hui encore dès qu’un philosophe commence à croire en lui-même. Il crée toujours le monde à son image, il ne peut pas faire autrement, car la philosophie est cet instinct tyrannique, cette volonté de puissance la plus intellectuelle de toutes, la volonté de « créer le monde », la volonté de la cause première.

10.
Le zèle et la subtilité, je dirais presque la ruse que l’on met aujourd’hui partout en Europe à serrer de près le problème du « monde réel » et du « monde des apparences » prête à réfléchir et à écouter ; et celui qui, à l’arrière-plan, n’entend pas parler autre chose que la « volonté du vrai » n’est certes pas doué de l’oreille la plus fine. Dans certains cas fort rares, il se peut qu’une telle « volonté du vrai » soit véritablement en jeu, ce sera quelque intrépidité extravagante et aventureuse, l’orgueil de métaphysicien d’une sentinelle perdue qui préfère une poignée de « certitudes » à toute notre charretée de belles possibilités. Il se peut même qu’il y ait des puritains fanatiques de la conscience qui préfèrent mourir sur la foi d’un néant assuré que sur la probabilité de quelque chose d’incertain. Or, c’est là du nihilisme et l’indice d’une âme désespérée et fatiguée jusqu’à la mort : quelle que soit l’apparence de bravoure que veut se donner une pareille attitude. Il semble cependant qu’il en est autrement chez les penseurs plus vigoureux, qui sont encore animés d’une vitalité plus abondante et plus avide de vivre. Tandis que ceux-ci prennent parti contre l’apparence et prononcent déjà avec orgueil le mot de « perspective », tandis qu’ils estiment aussi peu le témoignage de leur propre corps que celui de l’apparence qui affirme que la terre est immobile, renonçant ainsi, avec une visible insouciance, à l’acquisition la plus certaine (car qu’affirme-t-on aujourd’hui avec plus de certitude, si ce n’est son corps ?) — qui sait, si, au fond, ils ne veulent pas reconquérir quelque chose que l’on possédait jadis plus sûrement encore, quelque chose qui fît partie du vieil apanage de la foi, peut-être l’ « âme immortelle », peut-être le « Dieu ancien », bref, des idées qui fourniraient une base de la vie plus solide, c’est-à-dire meilleure et plus joyeuse que la base des « idées modernes » ? Il y a là de la méfiance à l’égard de ces idées modernes, il y a de l’incrédulité au sujet de tout ce qui a été édifié hier et aujourd’hui ; il s’y mêle peut-être un certain dégoût et une légère ironie à l’égard de cet insupportable bric-à-brac d’idées de l’origine la plus diverse, tel que nous apparaît aujourd’hui ce que l’on appelle positivisme, une répugnance du goût plus affiné devant ce bariolage de foire et ces haillons, où paradent ces philosophâtres de la réalité chez qui rien n’est neuf et sérieux, sinon précisément ce bariolage. J’ai idée que c’est en cela qu’il faudrait donner raison à ces sceptiques anti-réalistes, à ces minutieux chercheurs de la connaissance : leur instinct qui les chasse hors de la réalité moderne n’a pas été réfuté, — que nous importe leurs voies détournées qui ramènent en arrière ! Ce qu’il y a d’essentiel chez eux, ce n’est pas qu’ils veulent retourner « en arrière », c’est bien plutôt qu’ils veulent — s’en aller. Un peu plus de force, d’élan, de courage, de maîtrise, et ils voudraient sortir de tout cela — et non point aller en arrière ! —

11.
Il me semble que l’on s’efforce maintenant partout de détourner le regard de l’influence véritable que Kant a exercée sur la philosophie allemande et surtout de glisser prudemment sur la valeur qu’il s’est reconnue à lui-même. Kant s’enorgueillissait, avant tout, de sa table des catégories. Il disait, avec cette table en main : « Voilà ce qui pouvait être tenté de plus difficile en vue de la métaphysique. » — Qu’on entende bien ce « pouvait être » ! Il était fier d’avoir découvert, dans l’homme, une nouvelle faculté du jugement synthétique a priori. En admettant qu’il ait fait erreur sur ce point, le développement et la floraison rapide de la philosophie allemande ne tiennent pas moins à cette fierté et au zèle que tous les savants plus jeunes mettent à découvrir, si possible, quelque chose qui les enorgueillît davantage encore, — à découvrir, en tous les cas, de « nouvelles facultés » ! — Mais réfléchissons, il en est grand temps ! Comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? se demanda Kant. Et que répondit-il en somme ? Au moyen d’une faculté. Mais il ne se contenta pas, malheureusement, d’une réponse en trois mots. Il fut prolixe, solennel, il fit étalage de profondeur et d’amphigouri germaniques, au point que l’on oublia la joyeuse niaiserie allemande qu’il y a au fond d’une pareille réponse. Mieux encore, on ne se sentit plus de joie devant cette découverte d’une faculté nouvelle, et l’enthousiasme atteignit son comble lorsque Kant ajouta une nouvelle découverte, celle de la faculté morale de l’homme ; — car alors les Allemands étaient encore moraux et ne s’occupaient en aucune façon de politique réaliste. — Et ce fut la lune de miel de la philosophie allemande : tous les jeunes théologiens du Séminaire de Tubingue fouillèrent les buissons pour y découvrir encore des « facultés ». Que ne découvrit-on point, durant cette période encore si juvénile de la philosophie allemande, cette période innocente et riche, où chanta la fée maligne du romantisme, alors que l’on ne savait pas encore distinguer entre « découvrir » et « inventer » ! On découvrit avant tout une faculté pour les choses « transcendantes ». Schelling la baptisa du nom d’intuition intellectuelle et vint ainsi au-devant des désirs les plus intimes de ses Allemands remplis d’envies pieuses. On ne peut faire de plus grand tort à tout ce mouvement impétueux et enthousiaste qui était de la jeunesse, bien qu’il s’affublât audacieusement d’un manteau d’idées grises et séniles, qu’en le prenant au sérieux, qu’en le traitant même avec indignation morale. Bref, on devint plus vieux, — et le rêve s’envola. Il vint un temps où l’on se mit à se frotter le front. On se le frotte encore. On avait rêvé. Avant tout et en premier lieu le vieux Kant. « Au moyen d’une faculté », avait-il dit, voulut-il dire tout au moins. Mais, est-ce bien là une réponse ? Une explication ? Ou plutôt, n’est-ce pas la répétition de la question ? Comment l’opium fait-il dormir ? « Au moyen d’une faculté », la virtus dormitiva, — répondit ce médecin de Molière,

Quia est in eo virtus dormitiva,
cujus est natura sensus assoupire.

Mais de pareilles réponses conviennent à la comédie, et il est enfin temps de remplacer la question de Kant : « Comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? » par une autre question : « Pourquoi la croyance en de pareils jugements est-elle nécessaire ? » C’est-à-dire qu’il est enfin temps de comprendre que, pour la conservation des êtres de notre espèce, ces jugements doivent être tenus pour vrais, ce qui ne les empêcherait d’ailleurs pas d’être des jugements faux. Ou, pour parler plus clairement, pour dire les choses grossièrement et radicalement : les jugements synthétiques a priori ne devraient pas du tout être « possibles ». Nous n’avons aucun droit sur eux, dans notre bouche ce ne sont que des jugements faux. Cependant, il était nécessaire qu’ils fussent tenus pour vrais, telle une croyance de premier plan, comme un aspect qui fait partie de l’optique même de la vie. — Et, pour tenir compte enfin de l’énorme influence exercée dans toute l’Europe par la « philosophie allemande » — j’espère que l’on comprendra son droit aux guillemets, — on ne saurait douter qu’une certaine virtus dormitiva y ait participé : on était ravi, parmi les nobles désœuvrés de toutes les nations, moralistes, mystiques, artistes, chrétiens aux trois quarts et obscurantistes politiques : ravi de posséder, grâce à la philosophie allemande, un contrepoison pour combattre le sensualisme tout-puissant qui, du siècle dernier, avait débordé dans celui-ci, bref — « sensus assoupire »…

12.
Pour ce qui en est de l’atomisme matérialiste, celui-ci appartient aux choses les mieux réfutées qui soient. Peut-être, parmi les savants, personne aujourd’hui, n’est-il assez ignorant pour lui accorder une importance quelconque, si ce n’est pour la commodité personnelle et l’usage courant (je veux dire pour abréger la terminologie) — grâce surtout à ce Polonais, Boscovich, qui fut, jusqu’à présent, avec un autre Polonais, Copernic, le plus grand et le plus victorieux adversaire de l’apparence. Tandis que Copernic nous a persuadés de croire, contrairement à l’affirmation de nos sens, que la terre n’est pas immobile, Boscovich enseigna à abjurer la croyance en la dernière chose qui passât pour « établie » sur la terre, la croyance en la « matière » et l’atome, dernière réduction de la terre. Ce fut le grand triomphe remporté jusque-là sur les sens. — Mais il faut aller plus loin, et déclarer aussi la guerre au « besoin atomique » qui survit encore de la façon la plus dangereuse, sur des domaines où personne ne le soupçonne, au même titre que ce fameux besoin métaphysique, et ce sera une guerre au couteau et sans merci. Il faudrait aussi, avant toute autre chose, donner le coup de grâce à cet autre atomisme, plus néfaste encore, l’atomisme des âmes que le christianisme a le mieux et le plus longtemps enseigné. Qu’il me soit permis de désigner par ce mot la croyance qui considère l’âme comme quelque chose d’indestructible, d’éternel, d’indivisible, comme une monade, comme un atome. C’est cette croyance qu’il faut expulser de la science ! Il n’est d’ailleurs nullement nécessaire, soit dit entre nous, de se débarrasser de l’« âme » elle-même et de renoncer à l’une des hypothèses les plus anciennes et les plus vénérables, comme il arrive de le faire à la maladresse des naturalistes qui, dès qu’ils touchent à l’ « âme », la perdent aussitôt. Mais la vie reste ouverte à de nouvelles conceptions plus subtiles de l’âme, considérée comme une hypothèse, et des idées comme celle de l’« âme mortelle », de l’ « âme, pluralité de sujets », de l’ « âme, coordinatrice des instincts et des passions », veulent dorénavant avoir droit de cité dans la science. Cependant, le psychologue nouveau, en mettant fin à la superstition qui pullulait jusqu’à présent autour de la notion de l’âme, avec une abondance presque tropicale, s’est, en quelque sorte, rejeté lui-même dans un nouveau désert et une nouvelle méfiance. Il se peut que les psychologues anciens s’en soient tirés plus agréablement. Mais, en fin de compte, le nouveau psychologue se voit condamné par là à inventer — et, qui sait, peut-être aussi à découvrir. —

13.
Les physiologistes devraient hésiter à considérer l’instinct de conservation comme instinct fondamental de tout être organisé. Avant tout, c’est quelque chose de vivant qui veut épancher sa force. La vie elle-même est volonté de puissance. La conservation de soi n’en est qu’une des conséquences indirectes les plus fréquentes. — Bref, ici comme ailleurs, gardez-vous des principes téléologiques superflus, tels que l’instinct de conservation (— l’effort de persévérer dans l’être que l’on doit à l’inconséquence de Spinoza —). Car c’est ainsi que l’exige la méthode qui doit être avant tout économe dans ses principes.

14.
Il y a peut-être cinq ou six cerveaux qui commencent à se douter que la physique elle aussi est seulement un instrument pour interpréter et accommoder le monde (c’est notre avis, soit dit avec votre permission), et non point une explication de l’univers : mais, dans la mesure où la physique s’appuie sur la croyance aux sens, elle vaut davantage et passera longtemps encore pour valoir davantage et pour servir d’explication. Elle a pour elle les yeux et les doigts, c’est-à-dire la vue et le toucher. Sur une époque aux goûts foncièrement plébéiens, ceci est d’un effet magique ; rien de telpour convaincre et persuader ! Car c’est obéir instinctivement au canon de vérité du sensualisme éternellement populaire. Qu’est-ce qui est clair ? qu’est-ce qui « explique » ? — Ce que l’on peut voir et toucher. Tout problème doit être mené jusque-là. Or, le charme de la pensée platonicienne s’alimentait, au contraire, dans la répugnance contre tout ce qui tombait sous le sens, et c’était là une façon de pensernoble, peut-être parmi des hommes qui jouissaient de sens plus vigoureux et plus exigeants que ceux de nos contemporains, mais qui savaient goûter un triomphe supérieur lorsqu’ils demeuraient maîtres de leurs sens. Ils y réussissaient au moyen d’un réseau d’idées pâles et froides qu’ils jetaient sur le tourbillon bariolé des sens — la tourbe des sens, comme disait Platon. Il y avait dans cet assujettissement du monde, dans cette interprétation à la manière de Platon une jouissance bien différente de celle que nous offrent les physiciens d’aujourd’hui, ainsi que les darwinistes et les antifinalistes parmi nos ouvriers physiologistes, avec leur principe de la « force minima » et de la « bêtise maxima ». « Partout où l’homme n’a rien à voir ni à toucher, il n’a rien à chercher. » C’est là, certes, un autre impératif que l’impératif platonicien, mais qui pourra bien être l’impératif véritable pour une race rude et laborieuse de constructeurs de machines et de ponts qui, dans l’avenir, n’auront à faire que du travail grossier.

15.
Pour s’occuper de physiologie avec une bonne conscience, il faut tenir à ce que les organes des sens ne soient pas considérés comme des phénomènes au sens de la philosophie idéaliste. Autrement, ils ne pourraient être des causes. Le sensualisme serait du moins considéré comme hypothèse régulatrice, pour ne pas dire comme principe heuristique. Comment ? Et d’autres prétendent même que le monde extérieur est l’œuvre de nos organes ? Mais alors notre corps, qui fait partie du monde extérieur, serait l’œuvre de nos organes ? Par conséquent, nos organes seraient eux-mêmes l’œuvre de nos organes ! C’est là, à ce qu’il me semble, une profonde réduction à l’absurde, en admettant que la conception causa sui soit quelque chose de foncièrement absurde. Il résulterait de cela que le monde extérieur n’est pas l’œuvre de nos organes — ?

16.
Il y a encore des observateurs assez naïfs pour croire qu’il existe des « certitudes immédiates », par exemple « je pense », ou, comme ce fut la superstition de Schopenhauer, « je veux ». Comme si la connaissance parvenait à saisir son objet purement et simplement, sous forme de « chose en soi », comme s’il n’y avait altération ni du côté du sujet, ni du côté de l’objet. Mais je répéterai cent fois que la « certitude immédiate », de même que la « connaissance absolue », la « chose en soi » renferment une contradictio in adjecto : il faudrait enfin échapper à la magie fallacieuse des mots. C’est affaire du peuple de croire que la connaissance est le fait de connaître une chose jusqu’au bout. Le philosophe cependant doit se dire : « Si je décompose le processus logique exprimé dans la phrase « je pense », j’obtiens une série d’affirmations hasardeuses dont le fondement est difficile, peut-être impossible à établir, — par exemple, que c’est moi qui pense, qu’il doit y avoir, en général, quelque chose qui pense, que « penser » est l’activité et l’effet d’un être, considéré comme cause, qu’il existe un « moi », enfin qu’il a déjà été établi ce qu’il faut entendre par penser — c’est-à-dire que je sais ce que penser veut dire. Car si, à part moi, je n’étais pas déjà fixé à ce sujet, sur quoi devrais-je me régler pour savoir si ce qui arrive n’équivaudrait pas à « vouloir » ou à « sentir » ? Bref, ce « je pense » laisse prévoir que je compare mon état momentané à d’autres états que je connais en moi, pour établir de la sorte ce qu’il est. À cause de ce retour à un « savoir » d’origine différente, mon état ne me procure certainement pas une « certitude immédiate ». — En lieu et place de cette « certitude immédiate », à quoi le peuple croira peut-être dans le cas donné, le philosophe s’empare ainsi d’une série de questions de métaphysique, véritables problèmes de conscience, tels que ceux-ci : « D’où est-ce que je tire le concept penser ? Pourquoi est-ce que je crois à la cause et à l’effet ? Qu’est-ce qui me donne le droit de parler d’un moi, et encore d’un moi comme cause, et enfin d’un moi comme cause intellectuelle ? » Celui qui, appuyé sur une sorte d’intuition de la connaissance, s’aventure à répondre immédiatement à cette question de métaphysique, comme fait celui qui dit : « je pense et sais que cela du moins est vrai, réel, certain » — celui-là provoquera aujourd’hui chez le philosophe un sourire et deux questions : « Monsieur, lui dira peut-être le philosophe, il paraît invraisemblable que vous puissiez ne pas vous tromper, mais pourquoi voulez-vous la vérité à tout prix ? » —

17.
Pour ce qui en est de la superstition des logiciens, je veux souligner encore, sans me laisser décourager, un petit fait que ces esprits superstitieux n’avouent qu’à contre-cœur. C’est, à savoir, qu’une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas lorsque c’est moi qui veux ; de sorte que c’est une altération des faits de prétendre que le sujetmoi est la condition de l’attribut « je pense ». Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi, c’est une pure supposition, une affirmation peut-être, mais ce n’est certainement pas une « certitude immédiate ». En fin de compte, c’est déjà trop s’avancer que de dire « quelque chose pense », car voilà déjà l’interprétation d’un phénomène au lieu du phénomène lui-même. On conclut ici, selon les habitudes grammaticales : « Penser est une activité, il faut quelqu’un qui agisse, par conséquent… » Le vieil atomisme s’appuyait à peu près sur le même dispositif, pour joindre, à la force qui agit, cette parcelle de matière où réside la force, où celle-ci a son point de départ : l’atome. Les esprits plus rigoureux finirent par se tirer d’affaire sans ce « reste terrestre », et peut-être s’habituera-t-on un jour, même parmi les logiciens, à se passer complètement de ce petit « quelque chose » (à quoi s’est réduit finalement le vénérable moi).

18.
Ce n’est, certes, pas le moindre charme d’une théorie que d’être réfutable. Par là, elle attire précisément les cerveaux plus sensibles. Je crois que la théorie cent fois réfutée du « libre arbitre » ne doit plus sa durée qu’à cet attrait. Il se trouve sans cesse quelqu’un qui se sent assez fort pour cette réfutation.

19.
Les philosophes ont continué de parler de la volonté comme si c’était la chose la plus connue du monde. Schopenhauer nous donna même à entendre que la volonté est la seule chose qui nous soit connue, parfaitement connue, sans déduction ni adjonction. Mais il me semble toujours que Schopenhauer n’a fait dans ce cas que ce que les philosophes ont coutume de faire : il s’est emparé d’un préjugé populaire qu’il s’est contenté d’exagérer. « Vouloir » me semble être, avant tout, quelque chose decompliqué, quelque chose qui ne possède d’unité qu’en tant que mot, — et c’est précisément dans un mot unique que réside le préjugé populaire qui s’est rendu maître de la circonspection toujours très faible des philosophes. Soyons donc circonspects, soyons « non-philosophes », disons que dans tout vouloir il y a, avant tout, une multiplicité de sensations qu’il faut décomposer : la sensation du point de départ de la volonté, la sensation de l’aboutissant, la sensation du « va-et-vient » entre ces deux états ; et ensuite une sensation musculaire concomitante qui, sans que nous mettions en mouvement « bras et jambes », entre en jeu dès que nous « voulons ». De même donc que des sensations de diverses sortes sont reconnaissables, comme ingrédients dans la volonté, de même il y entre, en deuxième lieu, un ingrédient nouveau, la réflexion. Dans chaque acte de la volonté il y a une pensée directrice. Et il faut bien se garder de croire que l’on peut séparer cette pensée du « vouloir », comme s’il restait encore, après cela, de la volonté ! En troisième lieu, la volonté n’est pas seulement un complexus de sensations et de pensées, mais encore un penchant, un penchant au commandement. Ce que l’on appelle « libre arbitre » est essentiellement la conscience de la supériorité vis-à-vis de celui qui doit obéir. « Je suis libre, il doit obéir » — ce sentiment est caché dans toute manifestation de la volonté, de même cette tension de l’esprit, ce regard direct qui fixe exclusivement un objet, l’évaluation absolue de la nécessité de faire telle chose « et non point telle autre », la certitude intime qu’il sera obéi au commandement, quels que soient les sentiments propres à celui qui commande. Un homme qui veut ordonne quelque chose à son être intime, lequel obéit, ou est du moins imaginé obéissant. Or, remarquez ce qu’il y a de plus singulier dans cette volonté — cette chose si compliquée que le peuple ne sait exprimer que par un seul mot. Je prends le cas donné, où nous sommes à la fois souverains et sujets, et j’admets qu’en tant que sujets obéissants nous connaissions les sentiments de la contrainte, de l’obligation, de la pression, de la résistance, du mouvement qui commencent à l’ordinaire immédiatement après l’acte de volonté ; le cas où, d’autre part, nous avons l’habitude de passer sur cette dualité, de nous faire illusion à son sujet, au moyen de la conception synthétique « moi », alors toute une chaîne de conséquences erronées, et, par conséquent, de fausses appréciations de la volonté s’est encore attachée au vouloir, — en sorte que l’être voulant croit, de bonne foi, que vouloir suffit à l’action. Parce que, dans la plupart des cas, la volonté ne s’est exercée que quand l’efficacité du commandement, c’est-à-dire l’obéissance, par conséquent l’action, pouvaient être attendues, l’apparence, seule existante, s’est traduite par une sensation, à savoir : qu’il y avait là la nécessité d’un effet ; bref, le sujet voulant s’imagine, avec quelque certitude, que vouloir et agir ne font qu’un, il escompte la réussite, la réalisation du vouloir, au bénéfice de la volonté même et jouit d’un surcroît de sensations de puissance que toute réussite apporte avec elle. « Libre arbitre » — voilà l’expression pour ce sentiment complexe de plaisir chez le sujet voulant qui commande et, en même temps, s’identifie à l’exécutant, — qui jouit du triomphe remporté sur les obstacles, mais qui s’imagine, à part soi, que c’est sa volonté elle-même qui triomphe des obstacles. Le sujet voulant ajoute de la sorte, aux sensations de plaisir que lui procure le commandement, les sensations de plaisir des instruments qui exécutent et réalisent ces volontés secondaires, puissances « subanimiques » qui obéissent — car notre corps n’est qu’une collectivité d’âmes nombreuses. L’effet, c’est moi. Il se passe ici ce qui se passe dans toute communauté bien établie et dont les destinées sont heureuses : la classe dominante s’identifie aux succès de la communauté. Dans toute volonté il s’agit donc, en fin de compte, de commander et d’obéir, et cela sur les bases d’un état social composé d’« âmes » nombreuses. C’est pourquoi un philosophe devrait s’arroger le droit d’envisager la volonté sous l’aspect de la morale : la morale, bien entendu, considérée comme doctrine des rapports de puissance sous lesquels se développe le phénomène « vie ». —

20.
Les différentes conceptions philosophiques ne sont rien de fortuit, rien d’autonome, elles grandissent, tout au contraire, dans un rapport de parenté les unes avec les autres. Quelle que soit la soudaineté apparente, et quelque peu arbitraire qu’elles mettent à jaillir de l’histoire de la pensée, elles n’en appartiennent pas moins à un système, au même titre que tous les membres de la faune d’une partie du monde. On s’en aperçoit, en fin de compte, à la façon dont les philosophes les plus différents remplissent toujours un même cadre fondamental de toutes les philosophies imaginables. Comme s’ils y étaient forcés par une invisible contrainte, ils parcourent toujours, à nouveau, le même cercle, malgré l’indépendance qu’ils croient avoir les uns à l’égard des autres, de par leur volonté critique ou systématique. Quelque chose au fond d’eux-mêmes les conduit, quelque chose les pousse les uns derrière les autres, dans un ordre déterminé, et c’est précisément ce systématisme inné, cette parenté des conceptions. Leur raisonnement est, en effet, bien plutôt qu’une découverte, une reconnaissance, une ressouvenance, un retour et une rentrée dans une vieille économie de l’âme, d’où ces conceptions sont sorties jadis. Philosopher, c’est, en ce sens, une façon d’atavisme de l’ordre le plus élevé. Le singulier air de famille des philosophies indiennes, grecques et allemandes s’explique de la manière la plus simple. Quand il y a affinité de langue, on ne peut précisément pas éviter que, grâce à la philosophie commune de la grammaire, — j’entends grâce à la domination et la conduite inconsciente par les fonctions grammaticales identiques — tout ne se trouve préparé dès l’origine en vue d’un développement et d’une succession semblables des systèmes philosophiques, de même que la perspective d’autres interprétations de l’univers parût à jamais fermée. Il est probable que les philosophes du groupe des langues oural-altaïques (où la conception du sujet est moins développée que dans les autres groupes) considéreront l’univers tout autrement et leurs recherches ne suivront pas la même direction que celles des peuples indo-germains ou musulmans. La contrainte exercée par des fonctions grammaticales déterminées correspond, en dernière instance, à la contrainte des évaluationsphysiologiques et des conditions de races. — Tout cela pour réfuter l’esprit superficiel de Locke, en ce qui concerne l’origine des idées.

21.
La causa sui est la meilleure contradiction qui ait été imaginée jusqu’ici, une espèce de viol et de monstruosité logiques. Mais l’orgueil démesuré de l’homme l’a amené à s’embarrasser de cette absurdité, profondément et de la plus horrible façon. Le souci du « libre arbitre », dans ce sens métaphysique excessif, qui domine malheureusement encore les cerveaux des êtres instruits à demi, ce souci de supporter soi-même l’entière et ultime responsabilité de ses actes, et d’en décharger Dieu, l’univers, les ancêtres, le hasard, la société, ce souci, dis-je, n’est point autre chose que le désir d’être précisément cette causa sui, de se tirer soi-même par les cheveux avec une témérité qui dépasse celle du baron de Crac, pour sortir du marais du néant et entrer dans l’existence. À supposer que quelqu’un s’avisât de la naïveté grossière de ce fameux concept « libre arbitre» et qu’il retranchât ce concept de son cerveau, je le prierai de faire faire encore un pas de plus à sa clairvoyance et de retrancher également de son cerveau le contraire de ce concept monstrueux « libre arbitre » : je veux parler du « déterminisme » qui aboutit à l’abus de l’idée de cause et d’effet. Il ne faut pas réduire faussement « cause » et « effet » à des substances, comme font les naturalistes (et quiconque, pareil à eux, fait aujourd’hui du naturalisme dans les idées —), conformément à la commune balourdise mécanique qui laisse la cause pousser et heurter jusqu’à ce qu’elle « agisse ». Il convient de ne se servir de la « cause » et de l’ « effet » que comme concepts purs, c’est-à-dire comme actions conventionnelles, commodes pour déterminer et pour s’entendre, et non pas pour expliquer quelque chose. Dans l’« en soi » il n’y a point de « lien causal », de « nécessité absolue », de « déterminisme psychologique » ; là l’« effet » ne suit point la « cause », là ne règne point la « loi ». C’est nous seuls qui avons inventé les causes, la succession, la finalité, la relativité, la contrainte, le nombre, la loi, la liberté, la modalité, le but ; et lorsque nous nous servons de ce système de signes pour introduire ceux-ci dans les choses, comme « en soi », pour les y mêler, nous ne procédons pas autrement que comme nous l’avons déjà fait, c’est-à-diremythologiquement. Le « déterminisme » est de la mythologie. Dans la vie réelle il ne s’agit que de volonté forte et de volonté faible. — C’est presque toujours le symptôme qu’il lui manque quelque chose, lorsqu’un penseur, dans tout « enchaînement causal », dans toute « nécessité psychologique », éprouve une sorte de contrainte, un danger, une obligation, une pression, un manque de liberté ; c’est une véritable trahison de sentir ainsi — et c’est la personne qui se trahit. D’ailleurs, si j’ai bien observé, le « déterminisme » est envisagé comme problème de deux côtés tout à fait différents, mais toujours d’une façon profondément personnelle. Les uns ne veulent, à aucun prix, abandonner leur « responsabilité », la croyance en eux-mêmes, le droit personnel à leur mérite (les races vaniteuses sont de ceux-là —) ; les autres, au contraire, ne veulent répondre de rien, n’être la cause de rien et demandent, par suite d’un secret mépris d’eux-mêmes, à pouvoir se décharger sur n’importe qui. Ces derniers, lorsqu’ils écrivent des livres, ont aujourd’hui l’habitude de prendre en main la cause des criminels ; une façon de pitié socialiste est leur déguisement le plus convenable. Et, en effet, le fatalisme de la faiblesse de volonté s’enjolive singulièrement lorsqu’il sait s’introduire comme « religion de la souffrance humaine » : c’est là une sorte de « bon goût » propre à cette faiblesse.

22.
Qu’on me pardonne mes habitudes de vieux philologue, si je ne puis renoncer au malin plaisir de mettre le doigt sur les interprétations erronées. Mais ce « mécanisme des lois dans la nature », dont vous autres physiciens vous parlez avec tant d’orgueil, comme si…, ce mécanisme ne subsiste que grâce à votre art d’interpréter, grâce à votre mauvaise « philologie », — ce n’est pas un état de fait, ce n’est pas un « texte », ce n’est, au contraire, qu’un arrangement naïvement humanitaire, une entorse faites au sens, par quoi vous allez au-devant des instincts démocratiques de l’âme moderne ! « Partout égalité devant la loi, — en cela la nature ne s’en tire pas à meilleur compte que nous. » Plaisante pensée de derrière la tête, où se cache encore une fois l’inimitié populacière qui en veut à tout ce qui est privilégié et souverain ! Mais c’est aussi un second athéisme plus délié. « Ni dieu, ni maître » — vous aussi, vous voulez qu’il en soit ainsi, et c’est pourquoi vous vous écriez : « Vivent les lois de la nature ! » — n’est-ce pas ? Mais, je le répète, c’est là de l’interprétation, et non du texte. Il pourrait venir quelqu’un qui, avec des intentions contraires et un art d’interprétation différent, s’entendrait justement à lire, dans la même nature et en regard des mêmes phénomènes, la réalisation tyrannique et implacable des prétentions à la puissance, — il pourrait venir un interprète qui mettrait devant vos yeux le caractère général et absolu de toute « volonté de puissance », au point que chaque mot, même le mot « tyrannie », finît par paraître inutilisable, étant une métaphore adoucissante et trop faible, — trop humaine ; un interprète qui affirmerait enfin de cet univers, et malgré tout, ce que vous affirmez vous-même, c’est-à-dire que son cours est « nécessaire » et « évaluable », non pas parce que des lois y dominent, mais parce que les lois y font absolument défaut et que chaque puissance, à chaque moment, tire sa dernière conséquence. Admettons que cela aussi ne soit qu’une interprétation — je connais assez votre zèle pour savoir que vous me ferez cette objection eh bien ! — tant mieux ! —

23.
Toute la psychologie s’est arrêtée jusqu’à présent à des préjugés et à des craintes morales : elle n’a pas osé s’aventurer dans les profondeurs. Oser considérer la psychologie comme morphologie et comme doctrine de l’évolution dans la volonté de puissance, ainsi que je la considère — personne n’y a encore songé, même de loin : autant, bien entendu, qu’il est permis de voir dans ce qui a été écrit jusqu’à présent un symptôme de ce qui a été passé sous silence. La puissance des préjugés moraux a pénétré profondément dans le monde le plus intellectuel, le plus froid en apparence, le plus dépourvu d’hypothèses — et, comme il va de soi, cette influence a eu les effets les plus nuisibles, car elle l’a entravé et dénaturé. Une psycho-physiologie réelle est forcée de lutter contre les résistances inconscientes dans le cœur du savant, elle a « le cœur » contre elle. La doctrine de la réciprocité des « bons » et des « mauvais » instincts suffit déjà, à cause du reproche d’immoralité plus subtile que l’on peut lui adresser, pour mettre en détresse une conscience forte et courageuse. C’est pire encore lorsqu’il s’agit de la possibilité de déduire tous les bons instincts des mauvais. En admettant cependant que quelqu’un aille jusqu’à considérer les penchants haine, envie, cupidité, esprit de domination comme des tendances essentielles à la vie, comme quelque chose qui, dans l’économie de la vie, doit exister profondément et essentiellement, et qui, par conséquent, doit être renforcé encore, si l’on veut renforcer la vie, — il souffrira d’une pareille direction de son jugement comme du mal de mer. Or, cette hypothèse n’est pas, à beaucoup près, la plus pénible et la plus étrange dans ce domaine immense et presque inexploré encore de la dangereuse connaissance. Et il y a, en effet, cent bonnes raisons pour que celui qui le peut en reste éloigné. Mais, d’autre part, s’il vous est arrivé d’y échouer avec votre barque, eh bien ! serrez les dents ! ouvrez les yeux ! la main ferme au gouvernail ! — nous naviguons en droite ligne, par-dessus la morale. Il nous faudra peut-être écraser et broyer ce qui nous reste de morale à nous-même, en nous aventurant dans ces parages, — mais qu’importe de nous ! Jamais encore un monde plus profond ne s’est révélé au regard des voyageurs intrépides et aventureux. Et le psychologue qui fait de tels « sacrifices » — ce n’est pas le sacrifizio del intelletto, au contraire ! — aura, tout au moins, le droit de demander que la psychologie soit de nouveau proclamée

[1]
Nouveau cycle, nouveau départ
L’esprit vainqueur

c’est dpas regarder derrière et dy croire

Oui, c’est vrai,

j’ai pas grandi dans la soie

Plutôt dans la foie,

le zga et les kharba

et parfois les garba

Les soirs a srapta

Les ambiances cage bra

On y vit des trucs que

t’imagines même pas

Je rêve de prendre des cancesva

Loin des magouilles et du tempa froid

 

j’ai même du prendre du calment

Ouais je sais c’est navrant

Heureusement que j’ai une mille-fa
Grâce à Dieu je n’suis pas seul dans ma zup

, t’as qu’à demander à Mirsa
Nique sa mère les fils de pute,

j’suis désolé pour l’insulte

Mais quand la colère m’attrape, elle me lâche plus comme un pit

 

Argh! L’histoire de ma vie, tu la vois à travers mes clips
J’ramène les ténèbres, comme le soleil, mes ennemis s’éclipsent

J’regarde cette jeunesse complètement débile
Dans la vie j’ai déjà tout vu, sauf ma réussite
Un kosovard riche de Lausanne jusqu’en Albanie, pour moi c’est possible
De mes rêves je m’éloigne, j’voulais devenir une étoile
J’ai les yeux fermés comme mon poing en l’air dans un gant De cuir noir

[Refrain]
Le poing serré, les dents serrés
Frère incarcérés, c’est plus la peine d’espérer
Le moteur a serré, nos âmes sont bonnes qu’à errer
Cette femme j’voulais la serrer, la vis était trop serrée
Le poing serré, les dents serrés
Frère incarcérés, c’est plus la peine d’espérer
Le moteur a serré, nos âmes sont bonnes qu’à errer
Cette femme j’voulais la serrer, la vis était trop serrée
Dans le gouffre j’aperçois la lumière comme celui qu’a failli tuer Batman
Dans le gouffre j’aperçois la lumière comme celui qu’a failli tuer Batman
[Couplet 2]
Tu m’vois sur les nerfs, tu m’proposes un verre mais je ne bois pas
J’ai les pieds sur Terre, mais j’ai la tête dans les nuages
Si t’es jaloux de moi, trop naïf, je ne le vois pas
Derrière ma part du gâteau, plus de problèmes que d’gent-ar
J’ai survécu à l’insurmontable
J’ai fait les cent pas, survolté contre moi comme un Yakuza
Anti-système j’étais, comme une voiture péta
Toujours le visage sombre au milieu d’une ambiance de fêtard
J’suis dans l’époque des voles, finie l’époque des loveur
J’t’envoie un bouquet d’fleurs, je dois me faire pardonner
Tu n’te laisses pas faire, j’aime quand tu te fais désirer
Je pousse un rire, parfois la vie c’est mystique
J’ai un sourire jusqu’aux oreilles lorsque l’moment est critique
C’est ma façon d’gérer l’angoisse, les problèmes qui s’entassent
Les potes au hebs, et j’en passe (les potes au hebs, et j’en passe)
C’est ma façon d’gérer l’angoisse, les problèmes qui s’entassent
Les potes au hebs, et j’en passe (les potes au hebs, et j’en passe)
Animal blessé, les Hommes sont loin dans l’anarchie
J’me sens quarna par cette oligarchie, c’est du gâchis

[Refrain]

Petite pute

Petite pute tu ne sais pas ou je vais mais je sais dou tu viens

Alors check ma main et dis a tes potes de pas faire les sanguins

Jai vu ton style, ta squette et ta grosse paire de sein

Et puisquon sest croiser en boite moi joi crié « ENFIN »

Peut etre que tas des grand freres et quils te font faire le tapin

Mais ma belle tu es bonne et je te baiserai bien

Enfin cest sans fin, cette putain

Nouvre les cuisses qu’a la faveur dun joint

Ou dun rail de train0o

Elle sentere

Et sen veux

Trop d’galere

Dans lmnilieu

Pensant faire

Des envieux

Proletaire

Au sang bleu

Prete a faireu la gere

Juste pour vivreu mieux

Juste pour vivre le feu

Juste pour vivre un peu

Juste pour allumer la flamme bleu

eteinte au creux de ses yeux

Ma belle moi je suis affreux

Je tire des taffeux

Quand jtire des tasse eu

Je serais paa ton baveux

Moi jsuis du style mafieux

Dansjreyux omme un schlasseux

Je te laissrai pas lasseu

Plongee dans tes phaseu

Alors aretteu

tes geremillades

Sois preteeu

pour lembuscade

Car je suis un dieu

Toi tes juste malades

Tes frileuse

Quand je te vanne

Tu tdis pieuse

Meme si tut’camee

Je trespectrai pas

Je tappelrai pas madame

Ouais le gang des toubab

Toujours plaide coupable

Et si tu fais du sal

Va tfaire foutr par soral


Je suis le male dominant

Toi tes juste une femelle

Commonnen a pas vu en 1000 ans

Viens que jtenmene a lhotel

Tu verras peur etre quen misant

Jpeux te piston chez marc dorcel

Tu nes pas eternelle

Tu nes quune pute

Tu nes rien dautre quun pure echec

Sous ton fut

Jte ramene en maternelle

Faut qutu teduques

Juste un conseil frarernelle

Pute tes une joueuse de flute

A part ca chai pas quoi te dire

Pour te sortir de ton delire

Et inchalla

Pour teviter le pire, car le tierquar conspire

Pour eviter que tu respires

Cest dommage tes pas moche

Mais taslcerveau dun sale mioche

Et tas pas de flouss dans ta poche

Viens vers moi petite pute

Appelle moi belzebuth

Oublie pas ton parachute

Car la chute sera abrupte

Si jme fix un but je latteins

Malgre les putes et les tapins

Les.faux freres qui te serrrent la main

Chui plus fort quun soldat romain

Quasiment plus qu’inhumain

Je nmarrete pas a mi chemjn

Tu pouras trouver-mon-nom tapin

Inscrit sur de vieux parchemins

Aujourdhui cest ton examen

Tu seras differentes demain

Je volerai pas ton sac a mai

Mon rap est dplus en plus malsain

Mais si tu juges mon flow

Moi je detruirais le tien

A la faveur dun joint

Plaidoirie

Vous ne voulez point tuer, juges et sacrificateurs, avant
que la bête n’ait hoché la tête ? Voyez, le pâle criminel a hoché la tête : dans ses yeux parle le grand mépris.
« Mon moi est quelque chose qui doit être surmonté :
mon moi, c’est mon grand mépris des hommes. » Ainsi
parlent les yeux du criminel.
Ce fut son moment suprême, celui où il s’est jugé lui-
même : ne laissez pas le sublime redescendre dans sa bassesse !
Il n’y a pas de salut pour celui qui souffre à ce point de
lui-même, si ce n’est la mort rapide.
Votre homicide, ô juges, doit se faire par compassion
et non par vengeance. Et en tuant, regardez à justifier la vie ! Il ne suffit pas de vous réconcilier avec celui que vous tuez. Que votre tristesse soit l’amour de l’homme qui progresse, ainsi vous justifierez votre fonction et votre sacerdoce !
Dites « ennemi » et non pas « scélérat » ; dites « ma-
lade » et non pas « gredin » ; dites « insensé » et non pas « pécheur ».

Et toi, juge , si tu disais à haute voix ce que tu as
déjà fait en pensées : chacun s’écrierait : « Ôtez cette immondice et ce venin ! »
Mais autre chose est la pensée, autre chose l’action,
autre chose l’image de l’action. La roue de la causalité ne roule pas entre ces choses.
C’est une image qui fit pâlir cet homme pâle. Il était à
la hauteur de son acte lorsqu’il commit son acte : mais il ne supporta pas son image après l’avoir accompli.
Il se vit toujours comme l’auteur d’un seul acte.
J’appelle cela de la folie, car l’exception est devenue la
règle de son être.
La ligne fascine la poule ; le trait que le criminel a por-
té fascine sa pauvre raison – c’est la folie après l’acte.
Écoutez, juges ! Il y a encore une autre folie : et cette
folie est avant l’acte. Hélas ! vous n’avez pas pénétré assez profondément dans cette âme !
Ainsi parle le juge : « Pourquoi ce criminel a-t-il
tué ? Il voulait dérober. » Mais je vous dis : son âme voulait du sang, et ne désirait point le vol : il avait soif du
bonheur du couteau !
Mais sa pauvre raison ne comprit point cette folie et
c’est elle qui décida le criminel. « Qu’importe le sang ! dit-elle ; ne veux-tu pas profiter de ton crime pour voler ?
Pour te venger ? »

Et il écouta sa pauvre raison : son discours pesait sur
lui comme du plomb, – alors il vola, après avoir assassiné.
Il ne voulait pas avoir honte de sa folie.
Et de nouveau le plomb de sa faute pèse sur lui, de
nouveau sa pauvre raison est engourdie, paralysée et
lourde.
Si du moins il pouvait secouer la tête, son fardeau rou-
lerait en bas : mais qui secouera cette tête ?
Qu’est cet homme ? Un monceau de maladies qui, par
l’esprit, agissent sur le monde extérieur : c’est là qu’elles veulent leur butin.
Qu’est cet homme ? Une grappe de serpents sauvages
entrelacés, qui rarement se supportent tranquillement alors ils s’en vont, chacun de son côté, pour chercher leur butin de par le monde.
Voyez ce pauvre corps ! Ses souffrances et ses désirs,
sa pauvre âme essaya de les comprendre, – elle crut qu’ils
étaient le plaisir et l’envie criminelle d’atteindre le bonheur du couteau.
Celui qui tombe malade maintenant est surpris par le
mal qui est le mal de ce moment : il veut faire souffrir avec
ce qui le fait souffrir. Mais il y a eu d’autres temps, il y a eu
un autre bien et un autre mal.
Autrefois le doute et l’ambition personnelle étaient des
crimes. Alors le malade devenait hérétique et sorcier ;
comme hérétique et comme sorcier il souffrait et voulait
faire souffrir.

Mais vous ne voulez pas m’entendre : ce serait nuisible
pour ceux d’entre vous qui sont bons, dites-vous. Mais que
m’importe vos hommes bons !
Chez vos hommes bons, il y a bien des choses qui me
dégoûtent et ce n’est vraiment pas le mal. Je voudrais
qu’ils aient une folie dont ils périssent comme ce pâle criminel !
Vraiment, je voudrais que cette folie s’appelât vérité,
ou fidélité, ou justice : mais leur vertu consiste à vivre
longtemps dans un misérable contentement de soi.
Je suis un garde-fou au bord du fleuve : que celui qui
peut me saisir me saisisse ! Je ne suis pas votre béquille. –

Moi je progresse

Vous

Vous ne voulez que mentravez alors que je vais mieux et que la chance me sourit enfin.

J’ai actuellement 3 entreprises, fondées récemment

J’ai mis ma mère a labri et j’ai de nouveau de l’eau chaude

J’ai mon propre appartement et je touche du doigt un fragment de bonheur en construction

J’ai travailler sur Moi, et tout ce que vous feriez en m’enfermant maintenant, ce serait me priver de l’opportunité de ne plus avoir à vous revoir, me couper les ailes que j’ai reussi a me construire

Baobab

Oui j’ai juré d’rester la même
Mais qui suis-je ?
Les hauts, les bas, montagnes russes affectives
Tensions internes mais je dois guérir
Sans ça, voué à périr avant la fin du périple
Dans ma dérive j’ai touché l’infinité
Je suis morte en silence et j’ai lutté dans la dignité
J’ai fait les choses par conscience, d’en bas
J’ai fait les choses par amour
Ce qui en découle ne m’appartient pas
Compte seulement l’instant présent
C‘est c’que la vie m’a enseigné
Oui demain c’est comme un autre monde
Demain rien n’est plus sûr, le poids du monde sur les épaules
Une époque qui veut éradiquer le futur
Humanité du dernier round eu à l’usure
Alors c’est ça, que sont devenus les descendants des sages ?
Aveuglé par ce qui brille, on ne peut voir les présages
Peu Importe qu’on me comprenne ou pas je fais passer l’message
Le, le passé n’est plus, oui tout devient chimère
À la mémoire d’hier et de tous ceux qui nous quittèrent
J’ai dégringolé ravin un soir d’hiver
Depuis ne s’en libère que le parfum de mes prières
J’ai noirci des pages de griefs de larmes et de rages
Alarmes et société ou armée de lâches
Incarnée, j’ai voulu toucher les étoiles
J’étais pas prête et j’crois que j’me suis plus que brûler les doigts
Alors j’suis partie affronter mes peurs à la belle étoile
La nature m’a guérie parce que j’suis restée pieuse
Seule avec moi-même à regarder la danse des constellations
à méditer pour apaiser ma peine
Parce que société est perverse, t’écrasera si tu te perds
Te regardera de haut du haut de sa bassesse de merde
Mais où on va si même les gens qui s’aiment se taisent, se détestent
Se jugent et se vendraient contre un peu d’espèces ?
J’désespère pas je sais que tout part d’un éclat
Éclair de conscience, nan, j’obéis pas à un état
A l’heure où s’accélèrent les sortilèges des CRS
Qui fracasseraient même un cortège de veuves et d’orphelins
J’suis née dans ce monde, en le dénonçant je m’attire les foudres
Parce que je chante son effondrement un peu seule contre tous
J’suis née dans ce monde de béton, dans ce mitard
Née comme toi sous les néons glauques d’une salle d’hôpital
Bienvenue ici-bas, asile grandeur nature, communication hertzienne
Pour s’faire entendre faut brûler des voitures
Alors j’écris entre les lignes et les ratures
Entre la lumière et la brume, entre le soleil et la lune
Car j’ai grandi trop vite, je rejette la vie d’adulte
Et comme j’ai vu à qui profite la merde j’ai épousé la lutte
Toi qui es parti marcher tes rêves, je te salue
Éternel éphémère ce qui était ne sera plus
Sors de ta rue et vois le monde qui t’a vu naitre
La force est infinie comme l’univers ou l’âme humaine
Préserve ton esprit, les médias c’est l’arme du règne
Ceux qui accusent l’incendie sont souvent ceux qui l’allumèrent
Enfant de la lumière, sors de la cage intime
Aucune cause n’est perdue, aucune prière n’est indigne
Dans nos têtes, le monde s’imbibe et s’imbrique
Ça voyage en un clic, Babylone n’est qu’un crime
Ici tout à un prix, même ce qu’on n’achète pas
Frangin y’a pas qu’les stars, sens le malaise car on est esclave
La Terre est grande pourtant on n’a pas assez d’place
Monde bestial, alors on se noie en regardant l’espace
Car c’est carpe diem, au jour le jour car on ne sait pas
De quoi sera fait demain souvent les chemins se séparent
Héritiers du venin mais on ne souille pas le cristal quetzales
Nous sommes les plumes qui racontons une autre histoire
Héritiers d’une parole, d’un esprit ancestral
Malgré les interférences de l’époque
Non, on n’a pas toujours l’étoffe du message ni l’envergure
Mais on s’efforce de penser sage même dans l’amertume
Grandissant loin de la verdure mais connecté à la Terre
On a r’découvert ce qu’on croyait avoir perdu
Héritier d’une lignée rappelle-toi Babylone a plié
Nos ancêtres pour s’autoproclamer Roi
Tant de mal a été fait, peut-on soigner les plaies en les niant
Non, ton grand cœur émane des blessés
La guérison vient du pardon, oui c’est vrai
Mais pour pardonner faut aussi que chacun reconnaisse ses méfaits
Ici le tortionnaire te parle de haut, te Traite de fou
Insulte tes rêves et tes racines, s’acharne sur le peu qui reste debout
Interminable serait la liste, mais comprend le vrai problème
Guéris-toi d’abord car le monde est d’abord en nous-mêmes
C’est ce que la vie m’a enseigné dans mon calvaire
Planète bleue, arrivée un 20.12 oui j’ai pleuré la Terre
Dans des révélations, pourtant tout semble brouillé
Embourbé mais qui part en quête finira par trouver
Partout les mêmes masques sur les cœurs
C’est parce que ça aime trop sa coquille que ça refuse d’éclore
Eclore c’est douloureux mais l’ange m’a dit c’est pas trop tard
Dis-leur que petite graine deviendra baobab

Pourquoi tu devrais me croire

Pourquoi tu devrais me croire ?

Tu devrais m’croire au nom de nos paroles respectives,

Au nom de l’amour qu’on a pu vivre

au nom du meilleur comme du pire.

 

Pourquoi tu devrais me croire ?

Tu devrais m’croire au  nom des promesses que l’on fait,

des âmes que l’on voue à l’enfer

et aux regrets amers qui se feront ulcrères

 

Car le temps garde les plaies, en fait des cicatrices en temps de trève

Car je sais comme toi qu’on regrette un peu hier

Car je regrette d’avoir perdu la femme de mes rèves

Car te parler ne devrait pas être si galère 😀

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